31/10/2011

Le juste prix

 

Préoccupé depuis toujours par les questions d'égalité et de justice sociale, j'ai souvent eu l'occasion de m'interroger sur la valeur des choses et des services. Je ne parviens toujours pas à comprendre comment une heure de travail de monsieur X peut valoir 1000 fois moins qu'une heure de travail de monsieur Y.

 

Jusqu'ici salarié, je n'ai jamais été un champion de la négociation salariale, j'ai accepté comme une donnée le salaire qui m'était annoncé dans les différentes tâches que j'ai eu l'occasion d'accomplir. J'ai eu parfois la vilaine impression que ce sont les gens qui réclament (lourdement) une augmentation qui l'obtiennent, alors que selon moi il serait judicieux pour la motivation des intéressés que ceux qui la méritent la reçoivent sans la demander. C'est aussi pour ça que je ne serai jamais manager :-)

 

Aujourd'hui que je me lance dans la création de mon propre emploi comme on dit poétiquement (j'adore le côté prométhéen de cette entreprise), c'est à dire que je vais au devant de commanditaires potentiels, je dois fixer un prix à mon travail.

 

Tentons d'objectiver la question.

 

Quels sont "les prix du marché"? Pas facile de connaître les tarifs des concurrents, qui semblent très pudiques sur cette question: « sur devis » peut-on lire le plus souvent.

 

Faut-il tarifer les prestations à l'heure? Je faisais récemment un reportage sur un chantier d'élagage. Mon éthique personnelle m'aurait interdit de demander plus que le gars qui passait sa journée à dix mètres du sol avec sa tronçonneuse! J'ai donc aligné mon prix sur celui de ses collègues qui travaillaient au sol... puisque j'étais moi même au sol.

 

Faut-il tarifer à la photo? Ca pourrait paraître cohérent mais en reportage, le boulot me semble le même que le commanditaire retienne 2 ou 200 des photos que j'aurai prises, à part bien entendu pour la post production.

 

Je dois aussi intégrer les frais: j'ai investi en temps (formation) et en euros (matériel). Je dois au moins pouvoir m'assurer que je pourrai remplacer mon matériel quand il rendra l'âme après quelques années de bons et loyaux services sans quoi la belle aventure se terminerait là.

 

Il y a aussi des éléments subjectifs: c'est un regard particulier sur les événements que je propose. Un regard encore frais, qui demande à être affuté. Mais un regard tout de même. Il n'y a pas que le doigt qui pousse sur le bouton, il y a aussi l'oeil derrière l'objectif. Mais que vaut mon regard?

 

Et une fois que j'ai enfin déterminé mon juste prix, que j'ai intégré les frais, que je me suis calculé un salaire décent et que je l'ai multiplié par deux pour payer l'ONSS, il reste encore la question subsidiaire:

 

Est-ce que mon commanditaire est prêt à payer ce juste prix?  

Écrit par Arnaud Ghys dans Actualité, Humeurs | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |

Commentaires

Merci pour ces retours positifs.
Il semble que ma prose attire plus les "pouces levés" que mes images :-)

Écrit par : Arnaud Ghys | 31/10/2011

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.